jeudi 15 mai 2008

Les fous du métro

Nuit. Jour. Quelle différence lorsque l'on est dans le métro. Il n'y a ni soleil ni pluie, ni blanche clarté de lune ni ténèbres, juste ces lumières blafardes à intervalle régulier. En hiver, je ne vois pas la lumière du jour durant mon trajet. Je pars dans la nuit, traverse les stations de métro dans cette blancheur aseptisée, puis la banlieue dans la noirceur du petit matin. Le soir la lune est déjà levée, peut-être, de derrière les nuages elle me regarde, essaie de m'atteindre, mais non, impossible, je me cache sous les abris, dans mon rer, dans mes stations, dans mes rames. Une longue nuit de plusieurs mois. Le seul repère temporel est la population qui hante ces couloirs. Avant 20h, ils sont bondés de travailleurs rentrant chez eux, ou des vagabonds vagabondant à la recherche d'une petite pièce ou deux, avec leurs discours rodés "messieurs-dames, excusez-moi de vous déranger, avec tout le respect que je vous dois, mais si je me permets de vous interrompre durant votre voyage, c'est que je suis à la rue sans aucune ressource, même pas le RMI..." - à non en fait ce sont des travailleurs du soir, des commerciaux de la misère. Passées 20h, ce sont les jeunes cadres dynamique "nan mais t'as vu comment il m'a parlé ? Ca y est, depuis qu'il est passé responsable il s'y croit trop" ou des lycéens "putain l'aut' fois j'étais bourré !" qui s'en vont décompresser de leur journée dans un bar ou trois autres. C'est bien. Passées 20h se donnent aussi rendez-vous tous les gens bourrés de tics et les fous urbains. Petite visite guidée : asseyez-vous sur ce carré de quatre sièges vides, là, et observez sur votre gauche cet individu. Oui, il parle seul en roulant sa cigarette. Ses lèvres remuent au rythme des néons des couloirs du métro, ses yeux fixant tout ce qui passe et qui n'est pas un mur gris. Retournez-vous et regardez au fond, cette vieille dame noire, tellement ridée qu'elle devrait déjà être morte trois fois. Elle tape dans la double-porte du poing tout en l'insultant dans un dialecte inconnu et martelant le sol de lourds coups de pied. On m'a dit un jour qu'elle exorcisait les métros. Véridique. Vous arrivez station Strasbourg Saint-Denis et un garçon de pas plus de douze ans entre avec une énorme enceinte montée sur un diable, lance une musique latino et se met à danser tout en montrant son torse encore imberbe à de vieilles dames et en se léchant les lèvres d'un air coquin. Ecoeurant. Comment peut-on faire cela à cet âge. Vous changez de rame de métro, et là "... si je fais la mendicité, c'est que je ..." vous vous dites que finalement vous allez rentrer chez vous. Sur le quai, une armée d'alcoolique. Sur le quai d'en face, la même armée. Vous savez que les heures de minuit jusqu'aux derniers métros vont accueillir les mêmes personnes que vous avez vues à l'allée, alourdies de quelques grammes d'alcool dans leur sang. Vous allez les éviter en rentrant plus tôt.

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